Les familles d’accueil en élevage félin
Ce qu’est une famille d’accueil en élevage félin
Une famille d’accueil héberge chez elle un chat qui reste, sur le papier, la propriété de l’élevage. Le chat vit comme un chat de compagnie ordinaire, dort sur le canapé, sort dans le jardin si la famille en a un, mais revient chez l’éleveur pour les saillies, les mises bas ou les expositions, selon ce que prévoit le contrat. Ce système est ancien dans l’élevage félin et il concerne aussi bien des femelles reproductrices que des mâles reproducteurs ou des chats de retraite.
Le principe distingue nettement le placement en famille d’accueil de la vente classique. Dans une vente, l’acheteur devient propriétaire plein et entier du chaton, généralement stérilisé, et la relation avec l’éleveur s’arrête au suivi amical. En famille d’accueil, la propriété reste chez l’éleveur pendant toute la durée du contrat, et c’est précisément ce point qui doit être écrit noir sur blanc dès le départ.
Pourquoi un élevage y a recours
Un élevage de ragdolls qui garde tous ses reproducteurs sur place se heurte vite à un mur : l’espace, le temps de socialisation individuelle, et le bien-être d’un chat qui vit alors parmi plusieurs dizaines d’autres. La famille d’accueil résout ce problème en offrant à chaque reproducteur une vie de chat unique dans un foyer, avec toute l’attention que cela suppose, pendant que l’éleveur continue de disposer de la lignée pour ses portées.
C’est aussi un moyen de faire connaître la race et l’affixe sans multiplier les chats sous un même toit, ce qui compte pour la santé du cheptel comme pour l’image de l’élevage auprès des services vétérinaires et de la mairie, en cas de contrôle du nombre d’animaux détenus.
Ce que chacun apporte, ce que chacun doit
La famille d’accueil apporte un foyer, du temps, de l’attention quotidienne et, souvent, une contribution non négligeable à la socialisation du chat. En retour, elle doit respecter le calendrier de l’élevage : mettre le chat à disposition pour une saillie ou une mise bas selon les dates convenues, prévenir en cas de problème de santé, et ne jamais faire stériliser l’animal sans l’accord écrit de l’éleveur pendant la durée du contrat.
L’éleveur, de son côté, doit un chat en bonne santé au départ, un accompagnement réel et pas seulement une signature, une transparence sur le nombre de portées prévues, et le respect du terme fixé au contrat. Beaucoup d’élevages prennent en charge tout ou partie des frais vétérinaires liés à la reproduction, sans que ce soit automatique : mieux vaut en discuter avant la signature plutôt que le supposer acquis.
Le contrat écrit, poste par poste
Un accord oral, même de bonne foi, tourne mal dès que les intérêts divergent. Le contrat de famille d’accueil doit être écrit et signé des deux parties, et couvrir précisément les points suivants.
- La propriété du chat pendant la durée du contrat, et la date exacte à laquelle elle passe à la famille d’accueil, le cas échéant.
- Le nombre de portées attendues, ou de saillies pour un mâle, avec une limite chiffrée plutôt qu’une formule vague comme « quelques portées ».
- La répartition des frais vétérinaires : consultations courantes, césarienne éventuelle, complications de mise bas, vaccins et vermifuges.
- La stérilisation en fin de contrat, à qui elle incombe et qui la finance, puisqu’elle marque en général la sortie définitive du circuit de reproduction.
- Le devenir du chat en cas de séparation du couple ou de la personne référente au sein de la famille d’accueil, et en cas de décès de l’un ou l’autre côté du contrat.
- Le sort des chatons nés pendant le contrat : ils appartiennent à l’élevage sauf clause contraire écrite noir sur blanc.
Séparation, décès, ce qu’il faut avoir prévu
Un couple qui se sépare, un déménagement à l’étranger, un décès : ces situations arrivent, et un contrat qui ne les envisage pas laisse l’éleveur et la famille sans solution au pire moment. La clause à demander précise qui devient l’interlocuteur de l’élevage en cas de séparation, ce qui se passe si la famille d’accueil ne peut plus garder le chat, et qui prend la décision médicale si un des deux signataires du contrat décède ou devient injoignable.
Certains élevages sérieux ajoutent une clause de reprise : si la famille d’accueil ne peut plus assumer, l’éleveur reprend le chat plutôt que de le voir atterrir chez un tiers non prévu au contrat. Cette clause protège autant le chat que les deux parties.
Les malentendus qui finissent mal
Le conflit le plus fréquent porte sur la propriété : une famille d’accueil qui, après deux ou trois ans d’attachement quotidien, considère le chat comme le sien, alors que le papier dit le contraire. Vient ensuite le désaccord sur les frais vétérinaires non anticipés, en particulier une césarienne coûteuse dont personne n’avait précisé qui la paierait. Le troisième point de friction concerne le nombre de portées : une famille qui pensait à une ou deux portées se retrouve sollicitée pour davantage, faute d’un chiffre fixé au départ.
Le meilleur filet contre ces situations reste le même dans tous les cas : tout mettre par écrit avant l’arrivée du chat, y compris ce qui paraît évident sur le moment, parce que ce qui semble évident à deux personnes de bonne foi cesse souvent de l’être trois ans plus tard.
